COMPLETE
INTERVIEW
MH
En quoi consiste votre métier
CB
A traduire une idée en image. Parfois en événement.
Mon premier domaine d’expertise est la mode, et j’en ai
méticuleusement étudié chaque aspect, du textile
à la presse en passant par les usines, les studios de design,
les ateliers de couture parisiens, la distribution, les bureaux de style,
la publicité, les salons professionnels, et l’organisation
de défilés. A Paris, Mulhouse, en Italie, en Chine et
aux Etats-Unis.
En français, une traduction de « stylist photo» serait
Directeur Artistique freelance, à la croisée de la mode,
de l’art, du design et de la communication. Cela consiste à
composer cette image en choisissant chaque élément - vêtement,
bijoux, chaussures, parfois même décor – pour une
série d’images de mode pour un magazine, créer le
look d’une chanteuse pour la couverture de son album, ou encore
celui des personnages d’une publicité.
Je suis reconnue pour mon sens du style, le choix des bons ingrédients,
et la mise en valeur générale. Mon nom est apparu dans
magazines tels que Cosmopolitan, Haper’s, Glamour, Kult Italy,
Metropolis China, pour plus de 400 pages publiées.
Depuis des années, je travaille au quotidien avec des designers
de mode, des showrooms (luxe ou avant-garde), avec des photographes,
des agences de publicité, des mannequins, etc. Je suis notamment
la Directrice de Mode pour le magazine Trump.
Ce qui me différencie des autres stylistes est sans doutes que
je suis a la fois marketing et artiste. Je connais et comprends le marché
et en même temps ma créativité est très forte
et indépendante. Ma société s’appelle CREALAB
: Caroline Bergonzi Creative Laboratory / Creative Consulting for Visual
Solutions. Je crée aussi bien des stands de salons professionnels
(Wonderbox, avril 2006) que des illustrations (livre de Randolph Duke)
que des bijoux, des accessoires et parfois des costumes. Je réfléchis
et m’exprime avec un stylo à la main. Je dessine, peins
régulièrement (6 expositions a New York).
MH
pourquoi êtes-vous partie à New York
CB
A 17 ans, j’ai quitté Monaco pour étudier à
Paris: « Prépa HEC », Grand Ecole, puis troisième
cycle a L’IFM, Institut Français de la Mode, le vivier
international de la haute couture.
Pendant cette période parisienne, j’ai enchaîné
les stages puis les missions, auprès de Christian Lacroix, François
Lesage, et chez Galliano. Pour ma these, j’ai travaillé
en Chine puis, pour Casio, en Italie.
J’étais prete pour un poste de management, mais je me cherchais
et quelque chose manquait dans ma vie. Adolescente, j’avais eu
un coup de foudre pour New York. J’y suis retournée pour
envoyer mon CV. Et deux semaines sont devenues des années. L’énergie,
la vitesse et la richesse de cette ville m’émerveillent
à chaque instant. Le « melting pot » international
dans son aspect le plus ouvert et libéral. Les galeries, musées,
librairies ouvertes jusqu'à minuit. Les magasins démesurés.
La rue, les gens, la diversité la plus extrême.
MH
comptez-vous revenir en Principauté?
CB
Oui. Absolument. Je ne crois pas qu’un enfant du pays puisse réellement
s’en détacher.J’ai passé plusieurs années
à New York, mais « temporairement », en improvisant
et en ayant toujours à l’esprit la perspective de m’épanouir
à Monaco. Je suis restée très concentrée
sur mon travail, chaque projet professionnel, mes expositions de tableaux,
mes amis bien sur, en nombre toujours croissant. Je vis dans un espace
agréable au cœur de Manhattan, à Soho, dans cette
ville que je connais très bien. Ma carrière s’y
développe. Et pourtant le temps me semble toujours compté.
Je ne me sens pas encore installée (ni même impliquée
d’un point de vue personnel).
D’une certaine façon, pour moi, New York et Monaco se ressemblent.
Pas en taille bien sur mais, au delà des gratte-ciels au bord
de l’eau, par la richesse culturelle (en perpétuel développement),
par le caractère cosmopolite. Les Américains sont fascinés
par la principauté, qu’ils associent a Grâce Kelly
et au conte de fées. Monaco, selon moi, partage avec les Etats-Unis
son esprit d’entreprise, sportif et hautement compétitif.A
terme, j’espère trouver un équilibre entre les deux
villes qui me fera pencher vers (et vivre a) Monaco.
MH
ce que vous pensez des créateurs de mode et de la mode à
Monaco
CB
Parmi les createurs, j’ai le plaisir d’avoir rencontré
Gian Alberto Caporale. Je salue la performance de Alexandra Hallyday
pour le lancement international impeccable de la marque Ichthy’s.
En principauté, j’ai un immense respect pour deux autres
pilliers de la mode : Julien Charlier (stratégie et management
de l’industrie textile) et Amedeo Turello, avec le superbe magazine
« STYLE Monte Carlo ». Monaco brille car les principales
marques de luxe internationales y sont représentées. La
réalité de la mode locale est différente : c’est
une capitale de la mode, mais de « la mode des autres ».Pour
en revenir aux créateurs locaux, je sais qu’ils existent
et que leur situation est difficile. Monte Carlo peut être un
lieu privilégié pour la vente et la promotion, mais les
ressources sont à Paris (tissus, artisans, brodeurs) et même
les couturiers Italiens y ont déménagé. Maintenant,
pour ce qui est de la vente, la clientèle de luxe achète
des marques établies, et donc pas forcement locales. La promotion
reste individuelle et relativement invisible d’un point de vue
international.L’annuaire des artistes de Monaco a non seulement
offert une précieuse visibilité à chacun mais a
aussi révélé une impressionnante communauté
de talents. La mode monégasque pourrait aussi bénéficier
d’une promotion organisée, groupée et agressive
de nos créateurs.
Par exemple, lors des « semaines de la mode » de New York,
sous les tentes de Bryant Park, j’ai vu certains pays présenter
leurs principaux créateurs à la presse internationale,
aux acheteurs, dignitaires, célébrités et sponsors.
Chaque saison est organisée en 4 semaines consécutives.
La prochaine commencera à New York du 8 au 15 septembre, suivi
de Londres, Milan et Paris. Monaco pourrait y participer à travers
ses propres createurs. Affaire à suivre.